vendredi 21 avril 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 24 avril 2017
16h-18h
En France: les bibliothèques en Révolution
(1789-années 1830)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études 

NB: ATTENTION! voir ci-dessous la NOUVELLE ADRESSE DE LA CONFÉRENCE!

Abolition des privilèges (4 août 1789)
S’il est une période qui a très profondément marqué l’histoire des bibliothèques, non seulement en France, mais aussi dans une tout une partie de l’Europe, c’est bien évidemment le temps de la Révolution de 1789.Depuis le premier tiers du XVIIe siècle et la publication par Gabriel Naudé du premier classique de bibliothéconomie,le livre et l’imprimé sont très étroitement articulés avec le processus de construction de la rationalité et avec la catégorie même de progrès.
Les bibliothèques sont le laboratoire du savant, encore plus quand elles deviennent accessibles au public, à Milan et à Rome d’abord, plus tard à Paris (avec la bibliothèque du cardinal Mazarin) et dans un certain nombre de grandes villes européennes. Au XVIIIe siècle, cette fonction prend une dimension plus « politique », cet épithète étant pris au sens le plus large: les bibliothèques, mais aussi les nouveaux cabinets de lecture, s’imposent comme un lieu clé de l’espace public, notamment parce que l’on pourra y prendre connaissance des gazettes et autres périodiques, qu’on y aura parfois à disposition une collection d’usuels, dictionnaires, etc., qu’on y fera sa correspondance et qu’on s’y rencontrera pour discuter…
L’imprimé et les bibliothèques sont désormais théorisés comme les vecteurs d’une occidentalisation qui se s’identifie elle-même au progrès: en 1703, le tsar fonde sa nouvelle capitale de Saint-Pétersbourg, et organise systématiquement, par le biais des livres, le transfert des connaissances modernes vers la Russie. À la veille de la Révolution, le voyageur, médecin et philologue smyrniote Adamantos Koraïs visite Paris, et il admire les possibilités incroyables qu’il y découvre de s’informer et de s’instruire. Dans une lettre du 15 septembre 1788, il décrit ce qui peut s’apparenter à un véritable hub d'échanges et de culture: 
Représentez-vous à l’esprit une ville plus grande que Constantinople, renfermant 800000 habitants, une multitude d’académies diverses, une foule de bibliothèques publiques, toutes les sciences et tous les arts dans la perfection, une foule d’homme savants répandus par toute la ville, sur les places publiques, dans les marchés, dans les cafés où l’on trouve toutes les nouvelles politiques et littéraires, des journaux en allemand, en anglais, en français, en un mot, dans toutes les langues (…). Ajoutez à cela une foule de piétons, une autre foule portée dans des voitures et courant de tous côtés(…), telle est la ville de Paris!
Au même moment, la tête de file de ceux que l’on désignera bientôt comme les «Idéologues», le marquis de Condorcet, théorise lui aussi le rôle du média dans l’histoire. Dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, il organise l’histoire de l’humanité en neuf époques successives. L’invention de l’imprimerie par Gutenberg marque la transition de la septième à la huitième époque, et constitue l’agent décisif du progrès et des lumières: 
L’imprimerie multiplie indéfiniment et à peu de frais les exemplaires d’un même ouvrage. (…) Ces copies multipliées se répandant avec une rapidité plus grande, non seulement les faits, les découvertes, acquièrent une publicité plus étendue, mais elles l’acquièrent avec une plus grande promptitude. Les lumières sont devenues l’objet d’un commerce actif, universel... 
Dans cette conjoncture intellectuelle, on comprend que les législateurs de la période révolutionnaire accordent dans le principe toute leur attention au traitement des collections de livres et à leur mise à la disposition du public. Pour autant, les malentendus sont réels, dont le traitement des collections souffrira parfois de manière sensible  et, dans ces événements, le choix d’un bâtiment susceptible d’abriter la bibliothèque prend une dimension tout particulièrement révélatrice.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a désormais lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (54 boulevard Raspail, 75006 Paris, salle 26, 1er sous-sol).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).



mardi 18 avril 2017

Le temps caractérstique (3)

Les pièces et autres feuilles volantes imprimées existent certes plus d’une génération avant la Réforme, élargissant peu à peu le champ de la «publicité». Rappelons que la première affiche imprimée en France et que nous conservions est le placard anopisthographe du Grand pardon de Notre-Dame de Reims, donné à Paris par Guy Marchant vers 1492 (Bibliothèque de Reims, Inc. 2). Le nombre de ces pièces est impossible à préciser, parce qu’il s'agit de documents qui ne sont pas destinés à être conservés et dont la production a certainement été bien supérieure à ce que nous pouvons en connaître à partir des seuls exemplaires conservés.Dans le même temps, le pouvoir s’empare du procédé, avec la multiplication des éphémères relatant des événements relatifs à la vie collective (sacres, naissances et baptêmes, entrées royales et récits de fêtes, funérailles, etc.), ou rapportant, notamment en France, des nouvelles relatives aux campagnes militaires en Italie.
Mais l’événement de 1517 et l’irruption des Flugschriften donne au phénomène une dimension complètement inédite. Nous ne revenons pas sur la statistique de la production: 10 000 pièces ont pu sortir entre 1501 et 1530 (estimation basse), sur un total de 21 000 titres produits dans la même période (VD16). Sur le plan systémique, les conséquences de l’invention des Flugschriften sont de deux ordres.
1) Du fait que la Flugschrift se présente sous une forme plus légère, elle est fabriquée beaucoup plus rapidement et pour un coût moindre, sa reproduction par «contrefaçon» en est facilitée, donc sa diffusion accélérée et élargie d’autant. Le phénomène aboutit à déplacer la ligne de fracture entre temps caractéristique traditionnel et temps caractéristique moderne, en créant dans une partie du public un nouveau sentiment d’impatiente curiosité.
2) Par suite, une majorité plus grande de la population entre, par un biais ou par un autre, dans la logique de la communication partagée moderne: contrairement aux pièces purement informatives, du type du «canard», la Flugschrift est en effet un vecteur de participation. Des polémiques se développent, sur la base de publications s’enchaînant et se répondant les unes aux autres, et le simple fait de se procurer tel ou tel titre constitue un mode de participation.
Au cœur de ces phénomènes, la diminution du temps caractéristique au niveau de quelques semaines, voire de quelques jours: l’économie moderne du média s’appuie sur un temps caractéristique court, à partir duquel émerge la catégorie nouvelle de l’«événement» et, très vite, de sa manipulation.
Jérôme Aléandre, nonce pontifical à Worms
Voici un événement par excellence, celui de la Diète (Reichstag) de Worms, ouverte le 27 janvier 1521. Les positions de Luther ont été condamnées par la bulle «Decet Romanum Pontificem», mais l’application de ces décisions dans le Saint-Empire dépend de la Diète. Après quelques semaines de discussion, il est décidé de faire venir Luther à Worms pour qu’il puisse se justifier, et Charles Quint signe le 6 mars un sauf-conduit à cet effet.
Le document est reçu à Wittenberg autour du 23 et, après réflexion et consultations diverses, Luther quitte la ville le 2 avril, soit le mardi après Pâques. Passant par Erfurt (7 avril) et Gotha (8-10), il est successivement à Eisenach, Berka, Bad Hersfeld, Alsfeld, Grünberg et Friedberg, pour arriver à Francfort le 14. Il poursuit alors sa route par Oppenheim, et entre à Worms le 16 avril.
Il quittera la ville le 28: nous le retrouvons à Francfort, puis il prêche à Hersfeld le 1er mai, passe à Eisenach le 2 et arrive à la Wartburg le 4. Quelques semaines plus tard, le 28, Charles Quint signe le célèbre édit de Worms, par lequel Luther est mis au ban de l’Empire: il n’est pas anodin que l’édit ait été antidaté au 8 mai, de manière à lui apporter la caution indispensable, avoir été pris avec l’assentiment de la diète. La manipulation fine des dates (au jour le jour) devient un argument politique.
La succession des dates montre comment le temps caractéristique est réduit à quelques semaines, et comment le média moderne s’impose en tant qu’acteur-clé de la crise. Les échanges de correspondance sont constants, et le nonce pontifical est tout particulièrement attentif à informer Rome du devenir du dossier. En quelques jours, les décisions sont prises, les correspondances envoyées et reçues, les événements s’enchaînent –et les plaquettes imprimées se multiplient.  
En arrière-plan, un autre acteur intervient ayssu, en l’espèce du retentissement médiatique. L’enthousiasme que soulève Luther dans les différentes villes où il passe, et où parfois il prêche, sur la route de Wittenberg à Worms, est connu des princes, qui répugnent dès lors d’autant plus à faire condamner un sujet de l’électeur de Saxe au risque de voir provoquer des troubles. À Worms même, on a ouvert une imprimerie, et surtout les textes du Réformateur sont diffusés largement, au grand dépit des partisans de Rome. Pour Alfondo de Valdés, l’édit impérial ne pourra pas être appliqué, parce qu’il est impossible de mettre des barrières au déferlement du média – on croyait avoir fermé le dossier, quand celui-ci ne fait que s’ouvrir:
Ainsi se termine cette tragédie, comme certains voudraient le croire; mais moi, je suis persuadé que ce n’en est pas la fin, mais el commencement. (…) Les édits de l’empereur ne feront pas beaucoup d’effet, étant donné que les écrits de Luther se vendent, à peine sortis, à tous les coins de rue…
Il ne s'agit déjà plus des seules Flugschriften: avec les polémiques alimentées par les partisans des deux camps qui s'opposent (comme dans le cas de Thomas Murner), l'économie du livre lui-même est aussi touchée. Le dernier pan de l’innovation induite par l’invention de la typographie en caractères mobiles au milieu du XVe siècle est désromais engagé: pour la première fois, c’est une société entière qui se trouve confrontée au phénomène de la médiatisation, et impliquée dans une série de processus modernes dont on découvre peu à peu les conséquences. Paul Virilio a théorisé le principe du «krach des images» s'agissant de l’époque actuelle, et nous avons repris l’idée sous la forme du «krach des médias» au tournant des XVe-XVIe siècles.
Nul doute que la société allemande n’ait été la première confrontée au krach des médias, dans ces années cruciales de l’invention de la modernité.

vendredi 14 avril 2017

Une exposition commémorative à Strasbourg

Nous interrompons un instant notre série sur le «temps caractéristique» pour signaler la riche exposition présentée à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg sur «Le vent de la Réforme. Luther, 1517» (11 mars- 5 août 2017). L’exposition a été organisée en collaboration entre la BNU, la Faculté de Théologie protestante et les Archives de Strasbourg, la Württenbergische Landesbibliothek (Stuttgart) et la Bibliothèque nationale de Lettonie (Riga). Elle est accompagnée d’un catalogue imprimé, qui constitue un très bel instrument de références en notre année de commémoration:
Le Vent de la Réforme. Luther, 1517,
dir. Madeleine Zeller, Matthieu Arnold, Benoît Jordan,
Strasbourg, Bibliothèque nationale et universitaire, 2017,
191 p., ill.
ISBN : 978-2-8592307-0-8

L’exposition traite pour avant tout de la période conduisant de l’affichage des 95 thèses (1517) à la célébration de la dernière messe à Strasbourg (1560): on comprend par là que, même si ce n’est pas précisé au titre, l’attention sera avant tout portée sur la situation à Strasbourg et dans la région du Rhin supérieur. L’ouvrage s’ouvre, après les différentes préfaces officielles, par une série de documents qui permettent de fixer le paysage: une chronologie sommaire, la célébrissime vue de Strasbourg dans les Chroniques de 1493 (voir l'illustration), la carte du Rhin supérieur par Specklin en 1584, puis une vue de Riga et une carte de l’ancienne Livonie au XVIe siècle.
Les organisateurs ont fait le choix d’une organisation thématique en cinq parties, chacune introduite par un «chapeau» de présentation puis donnant les notices catalographiques elles-mêmes (notices signées, mais peut-être un petit peu brèves pour certaines…).
La première section, sous le titre «Croire et prier vers 1517», est introduite par Benoît Jordan («Contenus et expressions de la foi à la veille de la Réforme: Strasbourg et le Rhin supérieur») et présente dix-sept pièces ou reproductions, mettant surtout l’accent sur le sentiment de la piété individuelle, sur le rôle des intercesseurs (les saints et la Vierge), sur le déroulement de la messe et sur la question de la réforme de l’Église. La Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg conserve un document exceptionnel, en l’espèce de la plus ancienne image de pèlerinage imprimée produite en Alsace, image à l’effigie de la Vierge et l’Enfant, mais la notice (1.13) ne propose pas de datation. La section se referme par trois pièces relatives à la grande figure de Jean Geiler de Kaysersberg, prédicateur à la cathédrale de Strasbourg, mis en scène en tête de l’édition d’un sermon en 1513 (n° 1.15).
La deuxième partie présente «Les 95 thèses de Luther et leurs répercussions», et le texte de Matthieu Arnold rappelle la concomitance entre l’affichage (supposé) de ses Thèses par Luther, le 31 octobre 1517, et l’ouverture au public de l’incroyable collection de reliques par l’électeur Frédéric le Sage, le lendemain, jour de la Toussaint: si a posteriori, les choix et les positions des uns et des autres semblent tout naturellement tranchés, ce n’est certainement pas le cas sur le moment. Les pièces présentées s’ouvrent par l’évocation des nouveaux procédés de reproduction, la typographie et la xylographie (exceptionnel bois gravé de Jost Amman, ayant appartenu à la collection Heitz). L’exemplaire présenté des 95 thèses vient de Berlin et est celui d’une édition nurembergeoise (n° 2.6). Deux exemplaires très remarquables proviennent de la  Bibliothèque humaniste de Sélestat: le De libertate christiana (Wittenberg, 1520) porte des notes manuscrites de Beatus Rhenanus et de Luther (n° 2.22); et, dans la section consacrée à l’iconographie du Réformateur, le portrait figurant dans l’exemplaire du De captivitate babylonica ecclesiae (Strasbourg, 1520) est couvert d’insultes en latin (n° 2.35).
C’est peut-être dans la troisième partie, «Diffusion de la Réforme: Strasbourg et Riga», que le projet implicitement comparatiste fonctionne le mieux, même si le rôle des deux villes dans l’économie du média se situe à un niveau très différent: un coup d’œil sur le VD16 nous donne, par exemple, 294 éditions de Luther en 1520, dont 25 à Strasbourg, alors que Riga ne possède pas encore d’imprimerie. Le texte de Gustavs Strenga sur «Foi, politique, langues et livres: la Réforme à Riga (1522-1525)» offre aux lecteurs francophones une très bonne introduction à une histoire sur laquelle les usuels dans notre langue font largement défaut –il est vrai que Luther lui-même était mal informé sur la situation de la Livonie. La notice 3.10 présente un étonnant exemple de traité de théologie publié à Tübingen en 1578 et dont les tranches dorées sont décorées des deux portraits peints de Luther et de sa femme, Catharina von Bora. 
Bible de Luther, 1543 (WLB), la Création (Lucas Cranach)
La question de la musique est à juste titre au cœur de la quatrième partie, «Psaumes et cantiques de la Réforme», le chant en langue vernaculaire étant «une composante fondamentale» du mouvement lancé par Luther (Beat Föllmi): la parole sera rendue au peuple des fidèles, et celui-ci chantera dans sa langue, tandis que les imprimeurs innovent en publiant, à partir de 1523-1524, les premiers recueils de cantiques et de psaumes. Le document n° 4.3, emprunté à Saint-Gall, illustre à nouveau le fait que la rupture est antérieure, puisqu’il s’agit d’un manuscrit (antérieur à 1507) présentant une séquence mariale traduite en allemand par Sébastien Brant, et accompagnée de sa notation musicale. Le n° 4.12 met en scène, en 1562, le maître d’école en train de conduire le chant des Psaumes. Le n° 4.22 fait découvrir un ensemble exceptionnel de fontes typographiques du XVIe siècle destinées à l’impression musicale et conservées à Halle, tandis que le passage de Calvin à Strasbourg est marqué par la publication du premier recueil de Psaumes publié en français (1539: n° 4.25).
Enfin, la cinquième et dernière section se présente sous le titre «Traduire et enseigner la Bible» et fait notamment appel à des exemplaires de la magnifique collection de Bibles conservée à Stuttgart, dont une Bible à 42 lignes (n° 5.1) provenant d’Offenbourg, non loin de Strasbourg mais sur la rive droite du Rhin. La première Bible allemande imprimée est celle de Mentelin à Strasbourg (1466: n° 5.4), tandis que l’édition strasbourgeoise du September Testament (Nouveau Testament) de Luther en 1522 témoigne à la fois de la vigueur de la demande et de l’importance d’une activité que l’on pourrait assimiler à la contrefaçon dans l’économie générale du média (n° 5.10). L’exemplaire de la Bible latine donnée par Jacques Maréchal à Lyon en 1523 et lui aussi conservé à Stuttgart présente une reliure à la double effigie de Luther et de Mélanchthon et témoigne de la précocité de la diffusion des idées de Luther en France (n° 5.19, 32 et 33). L'exemplaire a été acquis par Josias Lorck (1723-1785), qui exerça comme pasteur à Copenhague et dont la collection de Bibles est achetée par le duc de Wurtemberg en 1784. 
L’ouvrage se ferme par une brève série de biographies, par quelques définitions («Empereur», «Réforme», «Indulgences»…) et par une bibliographie abrégée.

mardi 11 avril 2017

Le 700e billet. Comment fonctionne le temps caractéristique?

Dans notre dernier billet, nous avons proposé d’articuler les différents systèmes des médias ayant fonctionné à travers l’histoire occidentale (du Moyen Âge à la révolution gutenbergienne, à la librairie d’Ancien Régime, à la librairie de masse puis aux médias contemporains et enfin aux nouveaux médias) par leurs rapports différents avec le temps. La catégorie du «temps caractéristique» désigne, pour chaque stade d’évolution, le délai nécessaire à l’accomplissement d’un cycle conduisant de l’élaboration du message à son appropriation. Et nous avons posé comme axiome que ce délai diminuait progressivement, selon que passait d’un système à l’autre.
Cette perspective amène à faire un certain nombre d’observations, dont la première porte sur le fait que chaque époque voit se juxtaposer des temps caractéristiques différents (nous l'avons déjà signalé), et que cette juxtaposition se complexifie au fil des siècles. Dans la société d’Ancien Régime, le monde rural rassemble la grande majorité de la population, et cette société, pratiquement exclue des médias écrits, fonctionne dans un «temps» que l’on décrira comme traditionnel –le temps du jour et de la nuit, celui des saisons et celui de l’année liturgique (éventuellement traduit sous la forme d’un calendrier, éventuellement dans un almanach). Encore à la fin du XVIIIe siècle, et alors que l’économie globale des médias a profondément évolué, cette géographie est encore celle de la Grande Peur, des bruits incontrôlés qui se propagent, désormais en quelques semaines ou en quelques jours, d’une communauté à l’autre, et qui partout sèment l’effroi.
Horloge de St-Sébald, Nuremberg, 1ère moitié du XVe s.
 (2)
Revenons au XVe siècle, mais en ville. L’échelle du temps caractéristique change déjà profondément: les correspondances se multiplient et s’accélèrent, les informations circulent plus facilement, tandis que les fonds de bibliothèques y sont le cas échéant plus accessibles, d’abord dans les écoles, collèges et universités, puis progressivement aussi auprès des personnes privées. Dans certains cas privilégiés, nous connaissons l’existence de structures de fabrication et de distribution des livres, les ateliers de scribes et les librairies. Selon les niveaux (qui renvoient aussi à la hiérarchie sociale), le temps caractéristique change, de quelques semaines (voire quelques jours) pour la circulation des nouvelles à quelques mois ou, souvent, quelques années, pour celle des textes nouveaux. De manière symbolique, les premières horloges publiques sont mises en place dans certaines villes particulièrement avancées (1).

Une des conséquences les plus évidentes réside dans le rôle de la structure démographique par rapport à l’économie des médias: là où la densité de population est plus forte, là où le réseau des villes petites ou moyennes est plus serré (par exemple, dans la vallée du Rhin, ou encore dans les «anciens Pays-Bas», etc.), l’ampleur du temps caractéristique tend à diminuer. Le développement de réseaux de communication plus efficaces joue aussi un rôle décisif, à une époque où la circulation des contenus (textes, images) est nécessairement corrélée avec le déplacement physique des hommes, à pied, à cheval ou par voie de mer. Conséquemment, la maîtrise d’un temps caractéristique plus étroit apparaît comme un élément du pouvoir, de la distinction ou plus généralement de la domination (de la richesse).
Bien évidemment, l’irruption de la typographie en caractères mobiles déplace les conditions de fonctionnement de l’ensemble du système. Les délais de fabrication sont diminués, alors même que le nombre d’exemplaires produits change radicalement d’échelle. Plus encore, la mise en place rapide de nouvelles procédures de distribution accélère la vitesse de circulation: en quelques mois, les «voyageurs» de Mentelin ou de Schoeffer font circuler l’information concernant les nouveaux titres, que les acheteurs éloignés de plusieurs centaines de kilomètres peuvent se procurer –et se procurent effectivement, comme le montre l’étude des particularités d’exemplaires des incunables et post-incunables.
De même, la multiplication des contrefaçons, qui sortent parfois à échéance de quelques mois seulement après l’original, accélère encore le rythme, puisque le texte est déjà écrit, puisque son calibrage a été effectué, et puisque l’on peut toucher une autre population, dans une autre géographie. Johann Bergmann donne le Narrenschiff à Bâle en mars 1494 (la date précise est sans doute fictive), et le livre est reproduit dès le 1er juillet suivant par Peter Wagner à Nuremberg. Un exemple célèbre de la réduction du temps caractéristique nous est encore donné par l’édition du Novum Instrumentum d’Érasme, terminée par Froben à Bâle le 25 février 1516. Six mois plus tard, fin août, Budé reçoit un exemplaire de l’ouvrage, qu’il dévore d’une traite, fasciné qu’il est par la nouveauté du projet.
Dans ce tournant des XVe-XVIe siècle, alors que nous avons déjà clairement changé de rythme, l’invention de l’économie des Flugschriften impulse à la mutation une dynamique encore plus forte, et décisive. Notre prochain billet reviendra sur ce phénomène fondateur, et sur ses conséquences. 

1) Gerhard Dohrn van Rossum, «The diffusion of the public clocks in the cities of late medieval Europe, 1300-1500», dans La Ville et l’innovation en Europe, 14e-19e siècles, Paris, 1987, p. 29-43.
2) GNM, Wl 999. Le musée présente aussi un certain nombre d'horloges de table ayant appartenu à des personnalités de premier plan, dont l'Empereur lui-même.

samedi 8 avril 2017

Les médias et le "temps caractéristique"

Que nous soyons entrés aujourd’hui dans l’«ère de l’information», nul n’en doutera a priori: les conditions de fonctionnement de ce qu’il est convenu d’appeler les «nouveaux médias» aboutissent à reconfigurer très profondément non seulement les modes d’accès à l’information, mais aussi les pratiques mêmes par lesquelles celle-ci fait l’objet d’une appropriation, sans parler du fonctionnement de la majorité des institutions qui constituent et qui organisent nos sociétés. Le phénomène est en effet nouveau, si nous considérons les formes qu’il prend aujourd’hui, et les opportunités qu’il offre.
Une incise s’impose: les «nouveaux médias» étaient en effet nouveaux lorsqu’ils sont apparus, il y a maintenant plus d’une génération, et les innovations techniques dont il font constamment l’objet entretiennent cette image de nouveauté. Pour autant, nous retrouvons dans l’expérience quotidienne qui est la nôtre une logique bien connue des historiens des techniques, et dont nous avons à plusieurs reprises parlé ici même. La première étape de l’innovation concerne l’innovation de procédé, autrement dit la mise en place d’une technique nouvelle dans un certain domaine. La théorie des «révolutions du livre» a pris le parti de «caler» l’histoire des médias sur la chronologie de l’innovation technique.
Mais il faut aussi rendre la technique viable (en d’autres termes, rentable), en développant un tout autre type d’innovation, que nous désignerons comme l’innovation organisationnelle: il s’agit des conditions de fonctionnement, des pratiques de diffusion des produits, des modes de travail, de rémunération et de paiement, etc. Enfin, à chaque étape de la chronologie, nous nous trouvons devant un marché lui-même nouveau, et soumis à une conjoncture à la fois spécifique et de plus en plus complexe. Ce marché est soutenu par un troisième modèle d’innovation, à savoir l’innovation de produit: à partir d’un certain système technique, on invente et on réinvente les produits qui permettront d'impulser de nouvelles pratiques et qui favoriseront l’élargissement même du marché.
L’historien du livre sait que, dans les phénomènes liés aux «nouveaux médias», il n’y a, du point de vue théorique, pas de nouveauté systémique: le schéma déroulé à la suite de l’invention de Gutenberg est déjà pratiquement le même, et nous pourrions dire la même chose à propos de l’industrialisation et de la mise en place de la librairie de masse. Ce qui nous intéressera en revanche, à ce stade de la réflexion, c’est le rapport induit dans le fonctionnement du média par l’articulation de ces différents niveaux selon un rythme qui tend lui-même à s’accélérer. Nous dirons que, s’agissant des médias (alias, de la communication sociale), le procédé, l’environnement large, le produit et ses pratiques d'usage et d’appropriation constituent un système cohérent, et que ce système fonctionne selon des échéances qui lui sont propres: il s’agit du délai nécessaire à la production du contenu (textuel ou autre), à sa circulation et à son appropriation, et que nous désignerons ici comme le «temps caractéristique».
Le temps caractéristique du média se compte d’abord par années, mais, dans la première moitié du XVe siècle, nous sommes déjà sur des délais qui peuvent être de l’ordre de quelques mois, voire de quelques semaines.
L’innovation constituée par les Flugschriften et par l’essor de la controverse imprimée, en Allemagne à compter de 1517 constitue un facteur de changement dans l’échelle du temps caractéristique dont on ne saurait surestimer l’importance: nous descendons en effet au niveau de quelques semaines, et ce délai reste de règle jusqu’à la Révolution industrielle.
Le temps du journal illustré, et la foule qui se rue aux nouvelles
Les innovations les plus radicales sont induites plusieurs siècles plus tard, lors du passage à la librairie de masse (le temps caractéristique du quotidien n'est plus celui des Flugschriften), et surtout aux médias de la communication à distante: la transmission se fait en quelques heures (déjà avec le télégraphe Chappe), puis de manière pratiquement instantanée, lorsque les réseaux téléphoniques et autres (radio, télévision) commencent à s’étendre.
Le paysage des médias n’a jamais été aussi varié qu’il ne l’est devenu, en notre début du XXIe siècle. Si nous suivons une typologie fondée sur la technique, voici, d’abord, l’imprimé sous ses multiples formes, livre, quotidien, périodique, simple feuille, etc). Viennent ensuite les médias de l’époque industrielle, du téléphone à la radio et à la télévision. Enfin, voici les «nouveaux médias» de l’informatique, lesquels évoluent eux-mêmes très rapidement. Par voie de conséquence, les relations d’un sous-sytème à l’autre se complexifient considérablement, tandis que se juxtaposent des temps caractéristiques différents, correspondant à des pratiques d’utilisation elles aussi différentes.
Les nouveaux médias sont caractérisés notamment par la possibilité théorique de l’instantanéité pour tous, un argument présentant des avantages infinis, mais qui inversement est source de désordres potentiels difficilement mesurables. La puissance de l’outil donne en effet une force inédite à la désinformation, quand la «calomnie» chère à Beaumarchais se mue en cette économie des fake news que nous découvrons peu à peu, en même temps que nous découvrons avec consternation son poids économique et l’étendue de sa puissance.Ajoutons que le paradigme des temps caractéristiques se décline bien évidemment –dans le temps, mais qu'il se décline aussi dans l'espace: le temps caractéristique n'est pas le même d'un lieu à l'autre, par exemple entre la ville et le plat-pays, de sorte qu'il fonctionne comme l'un des facteurs les plus profonds des distorsions que l'historien peut observer. Mais ceci est un autre problème, sur lequel nous nous réservons de revenir.

jeudi 30 mars 2017

Colloque d'histoire du livre

Appel à communication

«Les Articles d’Ilanz dans le contexte de la Réforme européenne»

Congrès scientifique international à Ilanz, ville de Réforme, 

du 4 au 6 septembre 2017

Ilanz (Glion) était à l’avant-garde du processus de démocratisation dans les Grisons.
La petite ville de la Surselva était, selon Diarmaid MacCulloch, professeur d’histoire ecclésiastique à Oxford, la «ville la plus importante des Trois Ligues» (Grisons), parce que c’était là que la Diète (assemblée de tous les délégués des Trois Ligues) prenait toutes les décisions fondamentales pour la formation de la République Grisonne.
Les Articles d’Ilanz ont mis un point final au transfert des droits seigneuriaux de l’évêque aux communes ou «voisinages». Ils marquent la fin d’une évolution: dès le milieu du XVe siècle, de plus en plus de paroisses furent créées, souvent sans attendre l’autorisation de l’évêque. Les «voisins» (habitants des «voisinages», ou paroisses) s’inquiétaient de leur salut éternel et voulaient donc avoir un curé sur place. Ils réclamaient aussi de plus en plus de droits démocratiques pour eux-mêmes sans en référer à un prince ou à l’évêque, bien que la seule corporation juridiquement légitime fût la «Jurisdiction» (commune).
La Réforme survient précisément dans cette période de démocratisation. Peu avant Noël 1525, une plainte est déposée contre le curé de Coire, Jean Comander, et quarante autres membres du clergé, parce qu’ils prêchaient «des doctrines contraires à l’Église catholique». La Diète convoqua donc une disputatio à Ilanz du 7 au 9 janvier 1526, ou Comander dut prouver que sa doctrine n’était pas hérétique. À la suite de quoi, il fit imprimer à Augsbourg ses Dix-neuf Thèses, en guise de base de discussion, thèses dans lesquelles il se prononçait, entre autres, contre le pouvoir temporel de l’évêque.
C’est ainsi que se forma une alliance entre les mouvements réformateurs et le développement du droit public. Finalement, la Diète publia le 25 juin 1526 les «Deuxièmes Articles d’Ilanz», qui accordaient aux voisinages (paroisses) des droits importants, dont celui  d’élire et de licencier le curé –un droit qui continue de nos jours à figurer dans la constitution du canton. Cet article est l’une des raisons principales expliquant la formation du «paysage confessionnel» singulier qui est celui des Grisons.

Le congrès prévu doit examiner l’importance des Articles d’Ilanz (1523-1526) pour le développement de l’Église, de la politique, de l’histoire sociale et de la politique confessionnelle des Trois Ligues dans le contexte européen. Les Articles d’Ilanz ont souvent été considérés par la recherche soit comme des «articles paysans», soit comme des lois fondamentales, un «mode d’emploi pour les communes» (Hitz), ou encore «l’expression d’un état indépendant et démocratique» (Bundi, Head). Les interprétations et raisonnements divers invitent à un débat interdisciplinaire. C’est  le but du congrès annoncé.
Sont invités à proposer et à présenter des exposés les historiennes ou historiens en Droit, les historiennes ou historiens de l’État et  de l’Église, et les théologiennes ou théologiens et historiennes ou historiens en théologie. Certains chercheurs d’Europe et d’Amérique ont d'ores et déjà confirmé leur participation en tant qu’intervenants principaux, dont le Prof. Dr. Herman J.Selderhuis (Apeldoorn/Emden) pour le cours inaugural, ainsi que les Prof. Dr. Ulrich Pfister (Münster), l Randolph C. Head (California, USA) et Andreas Thier (Zurich).
Les contributions au congrès sous forme de short papers doivent traiter de questions concernant les «thèmes d’Ilanz», notamment les «Articles», l’argumentation et les dépendances dans les thèses de la disputatio, le processus de démocratisation à l’époque moderne, ou encore l’histoire de la Réforme dans les Trois Ligues et leurs pays sujets.

Les exposés dureront 30 minutes (discussion comprise). Les langues de la conférence sont l’allemand, l’italien et le français. La nouvelle génération de chercheurs est particulièrement bienvenue.
Un programme cadre dans la ville d’Ilanz et environs sera proposé. Les organisateurs s’occuperont du financement du congrès public.
Les auteurs sont priés d’adresser leur propositions d’exposés (un précis de 500 à 1000 signes) à
Institut für Kulturforschung Graubünden, Reichsgasse 10, 7000 Chur info@kulturforschung.ch 

Pour les demandes de plus amples renseignements s’adresser à
PD Dr. Jan-Andrea Bernhard, Kirchgasse 9, 8001 Zürich
+41 81 544 54 57 et bernhard@theol.uzh.ch

mardi 28 mars 2017

Colloque d'histoire des bibliothèques

Colloque d'histoire du livre et des bibliothèques
 
ARCHITECTURE, DÉCOR ET ICONOGRAPHIE
DES BIBLIOTHÈQUES AU XIXe SIÈCLE
 
Budapest, 6-8 avril 2017
Parlement de Hongrie, Salle «Béla Varga»

 
 Jeudi 6 avril
15h-15h30
Discours d’accueil, par István Bellavics, directeur général du Musée, de la Bibliothèque et du Centre d’accueil du Parlement,
et Szilárd Markója, directeur de la Bibliothèque du Parlement  

15h30-18h
Visite guidée du Parlement, par Józef Sisa, directeur de recherche, ancien directeur de l’Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie 

18h Réception au Parlement 

Vendredi 7 avril
9h-9h15
Introduction,
par István Monok, directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie
 
9h15-10h
Delacroix et les décors peints de la Bibliothèque du Sénat, Palais du Luxembourg : classicisme contre identité nationale?, par Jean-Michel Leniaud, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, ancien directeur de l’École nationale des chartes, Paris

10h-10h35
En France, les bibliothèques en révolution: abandonner, aménager, construire, 1789-années 1830, par Frédéric Barbier, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, directeur de recherche au CNRS (IHMC/ENS Ulm), Paris 

10h35-11h
La bibliothèque de la nouvelle Sorbonne, par Christian Hottin, conservateur en chef du patrimoine, Institut national du patrimoine, Paris 

11h10-11h40 Pause

11h40-12h15 
The Fideikommissbibliothek of the House of Habsburg-Lorraine: structural, decorative and functional aspects of its location, par Rainer Valenta, chercheur du programme «Die Habsburg-lothringische Familien Fideikommissbibliothek. Metamorphosen einer Sammlung» 

12h15-12h50
Trois modèles espagnols du XIXe siècle: la Bibliothèque nationale, la Bibliothèque du Sénat et la Bibliothèque royale, par Maria Luisa López-Vidriero-Abelló, directrice de la Biblioteca Reale, Madrid

12h50-14h30 Déjeuner au Parlement

14h30-15h05 
The Houses of the Library of the Hungarian Academy of Sciences between 1827 and 1988: The Architectural Profile of an Institution, par Gábor György Papp, chercheur à l’Institut d’Histoire des arts du Centre de recherches en Sciences humaines de l’Académie des Sciences de Hongrie

15h05-15h40 Library in the Country House: Social Representation and Use of Space in 19th Century Hungary, par Zsuzsa Sidó, chercheur à l’Institut d’Histoire des arts du Centre de recherches en Sciences humaines de l’Académie des Sciences de Hongrie 

16h15-16h50 Le réaménagement du Collegio Romano pour accueillir la nouvelle Bibliothèque nationale centrale de Rome, par Andrea De Pasquale, directeur général de la Bibliothèque nationale centrale de Rome 

16h15-16h50 Décorer une bibliothèque, embellir une ville: science, urbanisme et politique à Strasbourg, 1871-1918, par Christophe Didier, adjoint de l’Administrateur de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

16h50-17h25 L’exportation d’un modèle: la Bibliothèque nationale du Brésil à Rio de Janeiro, par Marisa Midei Deaecto, membre de l’Institut d’études avancées de l’Université de Sao-Paulo (Brésil) 

18h Visite de la Bibliothèque métropolitaine Ervin Szábo, Budapest. Discours d’accueil par Péter Fodor, directeur général 

19h Réception à la Bibliothèque 

Samedi 8 avril
9h-9h40
La Biblioteca Corsiana, parcours et événements au XIXe siècle, par Marco Guardo, directeur de la Biblioteca Corsiana et de l’Academia dei Lincei, Rome

9h40-10h15
La bibliothèque du Parlement hongrois, par József Sisa, directeur de recherche, ancien directeur de l’Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie

10h15-10h50 
The Central Library of the Budapest University of Technology (formely König Joseph Universität), par Bálint Ugry, chercheur, Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie

10h50-11h30 Pause

11h30-12h05 
L’influence des grands travaux architecturaux des bibliothèques aux XIXe et XXe siècles en province: l’exemple de l’Inguimbertine à travers les projets de remaniements de ses bâtiments, par Jean-François Delmas, conservateur général de la Bibliothèque Inguimbertine, Carpentras 

12h05-12h40 
Les transformations du Batthyaneum, XIXe- débuts du XXe siècle: usage et architecture, par Doina Hendre Biró, conservateur de la Bibliothèque Batthyaneum, Alba Julia (Roumanie) 

12h40-13h
Conclusions, par Sándor Csernus, ancien directeur de l'Institut hongrois de Paris, directeur d’études à l’Université de Szeged 

13h-14h Déjeuner au Parlement 

14h-15h30
Visite guidée du Palais et de la Bibliothèque de l’Académie des Sciences de Hongrie, par Judith Faludy, chercheur, Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie 

Le colloque est soutenu par le programme EFOP 3.6.1-16-2016-00001 de l’Université Esterházy de Eger 

mardi 21 mars 2017

Conférences d'histoire du livre

Frédéric Barbier,
directeur de recherche au CNRS
(École normale supérieure, Institut d’histoire moderne et contemporaine),
directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études
(conférence d’Histoire et civilisation du livre)

prononcera les deux conférences suivantes,
dans le cadre de 
l’Université du Québec à Montréal (UQAM):

 mardi 28 mars, 10h.
(cours de Madame Dominique Marquis, professeure à l’UQAM, département d’Histoire)
«La foi, le talent, le service:
l’éthique protestante et l’esthétique des bibliothèques (XVe-XVIIe siècle)»

mercredi 29 mars, 14h.
«Géographie et topographie du livre en Europe (vers 1450-vers 1820)».

Les informations complémentaires sont à prendre auprès des organisateurs.
La bibliothèque de l'université de Leyde, gravure de Willem van Swanenburgh, 1610

vendredi 17 mars 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section 
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 20 mars 2017
16h-18h
Réguler le média: contrefaçon, censure et privilège
dans le Saint-Empire, de la «première révolution du livre»
à la Réforme luthérienne (1455-1522),
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

L’expansion rapide de la typographie en caractères mobiles dans les villes allemandes à partir de 1455 marque le temps d’une «révolution du livre» dans laquelle l’innovation se propage successivement sur tous les différents plans. Revenons un moment sur sa typologie, en rappelant l’antériorité de l’innovation de procédé, à laquelle succède l’innovation de produit. Mais il apparaît peu à peu évident que c’est une nouvelle branche d’activités qui se met en place dans son ensemble, et qui bouleverse en profondeur les modes de fonctionnement des sociétés occidentales: l’innovation concerne aussi les pratiques du travail intellectuel et de la lecture, de même que celles des nouveaux professionnels du livre.
La production en nombre croissant de documents imprimés de toutes sortes, livres proprement dits, pièces, plaquettes, images, etc., implique à moyen terme la mise en place de structures adaptées de diffusion: à côté des foires, des pratiques de démarchage et autres, les librairies de détail apparaissent peu à peu dans les premières décennies du XVIe siècle. Bien évidemment, les pratiques de lecture sont modifiées en profondeur par ces phénomènes très complexes.
Mention de privilège octroyé par la ville de Leipzig, 1518

Un domaine particulier doit encore être pris en considération, souvent négligés des historiens du livre, et qui est celui de la régulation: l’invention du nouveau média se fait d’abord dans une logique de complète liberté, mais, bientôt, le besoin se fait sentir, d’encadrer la production –et la diffusion– des imprimés. Les contrefaçons sont rapidement légions, qui permettent de re-produire à moindres frais d’éventuelles publications à succès (l’exemple du Narrenschiff, la Nef des fous, est à cet égard bien connu). En réaction, les professionnels sont attentifs à renforcer la protection de leurs investissements, en cherchant à obtenir des privilèges qui leur assurent l’exclusivité pour un titre ou pour un ensemble de titres dans une géographie donnée et pendant un délai plus ou moins long.
Si les auteurs sont surtout sensibles à une forme de droit moral (certains auteurs à succès ne veulent pas se voir attribuer des textes qui ne sont pas d’eux), les intérêts de l’Église et des pouvoirs politiques interviennent aussi. Les autorités religieuses, à commencer par la papauté, mais aussi les prélats (archevêques et évêques) et certaines universités, cherchent à empêcher la production et la diffusion de textes qu’elles estiment subversifs, mais, pour appliquer leurs décisions, elles doivent généralement faire appel aux pouvoirs séculiers. Ces derniers, de leur côté, sont soumis à des concurrences complexes, tandis que le contrôle des publications est de plus en plus perçu comme un élément de la puissance territoriale.
La conférence se penchera sur le cas particulier qui est celui du Saint-Empire et des pays germanophones, comme constituant autour de 1500 la géographie de l’imprimé par excellence (celle où l’invention est née, et celle où la production est alors la plus importante), mais aussi la géographie où apparaissent d’abord les phénomènes liés à la Réforme luthérienne et à son articulation avec la «publicité» –entendons, avec la médiatisation moderne.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

jeudi 16 mars 2017

La "salle Labrouste"

Mardi 21 mars 2017
17h30 - 18h30
Bibliothèque nationale de France

La Bibliothèque nationale de France a le plaisir de vous inviter à ses Rencontres de Gallica qui porteront sur la salle Labrouste.Cette manifestation sera animée par
Marie Galvez, archiviste paléographe, conservateur à la BnF, auteur d’une thèse d’École des Chartes consacrée à «La Bibliothèque nationale sous l’administration de Jules-Antoine Taschereau (1858-1874)»,
et par Marc Le Cœur, historien de l'art (École spéciale d'architecture, Paris), co-commissaire de l'exposition «Labrouste (1801-1875), architecte. La structure mise en lumière» (Paris, 2012 / New York, 2013).
Projet pour les lucarnes de la salle Labrouste (Alexandre Desgoffe)
La célèbre «salle Labrouste» de la Bibliothèque nationale, dont nous fêtons la rénovation et la réouverture en 2017, est représentée dans Gallica par des centaines de plans reproduits et légendés grâce à un important travail de numérisation et de recherche. Cette documentation témoigne de l’évolution de la réflexion de l’architecte Henri Labrouste et des différentes étapes de la construction d’une œuvre qui a marqué par sa modernité l’histoire de l’art du XIXe siècle.
Les annotations manuscrites figurant sur les dessins révèlent les remaniements effectués par l’architecte, parfois pour tenir compte des remarques de l’administrateur général, Jules-Antoine Taschereau, qui souhaitait être associé à l’élaboration du projet.
Cette rencontre de Gallica sera l’occasion de revenir sur le travail de ces deux acteurs essentiels de la réorganisation que connaît la Bibliothèque sous le Second Empire: Henri Labrouste et Jules-Antoine Taschereau.

BnF | François Mitterrand, Salle 70
Entrée libre
Information : 01 53 79 49 49 ou visites@bnf.fr
Information communiquée par Madame Marie Galvez.

jeudi 9 mars 2017

Conférence d'histoire du livre: le chat-fou

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 13 mars 2017
16h-18h
Le cordelier, le chat et le fou  :
introduction à la polémique imprimée
à l'aube de la Réforme (2),  
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études 

Au tournant de la deuxième décennie du XVIe siècle, alors que les polémiques religieuses montent violemment en puissance, le recours au média de l’imprimé leur donne des formes d’expression nouvelles. Parmi ces dernières, le jeu de mots et la mise en images occupent une place à tous égards stratégique.
C’est ainsi que, dans les années 1520, le cordelier Thomas Murner, à Strasbourg, est assimilé à un «chat-fou»  par ses adversaires partisans de la Réforme, par homophonie à partir de son nom (Murner / Murr- Narr). Il s’agit bien entendu, dans un contexte bien particulier, de s'attacher un lectorat le plus large possible en ridiculisant l’adversaire, que l’on assimile à un animal. Mais le jeu de mots prend une dimension et une efficacité accrues lorsqu’il est convoqué à l’appui des représentations iconiques: le titre du Karschans de l’hiver 1520 présente Murner, l’un des participants au dialogue constituant le traité, sous la forme d’un homme en robe de Franciscain, mais avec une tête de chat, ce qui est explicité dès le début du texte, quand Murner lui-même prend la parole («Murner: murmaw, murmaw, murmaw. // miaw, miaw»). 
Le choix du chat, pour déterminé qu’il soit (par l’homophonie du patronyme), suppose aussi un cadre de références généralement admises (le chat serait un animal familier des monastères, dont il apprécierait la discrétion), un ensemble de croyances largement reçues (le chat est regardé comme un animal maléfique) et une construction intellectuelle à partir des signifiants: il faut décomposer le mot (Mur / Narr), ce qui a pour effet de mettre en évidence l'essence cachée de celui qu’il désigne. Le calembour se présente ainsi comme une énigme susceptible de dévoiler la vraie nature du sujet, parce que le partage d’une partie de la forme implique celui d’une partie du contenu. Pour saint Augustin déjà, les «monstres»  (par ex. les monstres zoomorphes) ne signifient-ils pas quelque chose (mostrare) de ce qu'ils dévoilent en le montrant?
Ajoutons que, à côté de la «mise en image», la «mise en livre» souligne encore la présence du jeu de mots, en introduisant par ex. le nom de murrnarr en petites capitales au fil du texte. Pour autant, l’ambiguïté de la référence symbolique (le chat) joue bientôt a contrario, quand l’auteur, Murner, se réapproprie très vite cette figure (mais non pas celle du «chat-fou») en se mettant lui-même en scène dans son pamphlet du Grand fou luthérien de 1522 (cf cliché ci-dessus)...
À partir de l'exemple de Murner, la conférence s'attachera à préciser les conditions dans lesquelles fonctionne l'articulation entre la «seconde révolution du livre», l'essor de la polémique par l'imprimé et l'émergence d'une sphère publique de l'opinion et de la discussion en Allemagne dans les années 1520. 

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences(attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).